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Parole de président

N° 3 - 29 septembre 2005

UNE FEDERATION DE WUSHU, C’EST QUOI AU JUSTE ?

En ce moment, les différentes forces des arts martiaux chinois et leurs dirigeants jouent une énorme partie d’échec où certains d’entre vous avez l’impression d’être pris pour de véritables « pions » ! Il est évident que pour avancer ses pièces, il faut tour à tour passer de l’ombre à la lumière (pour certaines pièces pour le moins…). Les stratégies misent en place pour remporter la partie ne sont pas toujours « chevaleresques » et ne respectent pas « les règles de l’art », c’est le moins que l’on puisse dire. Le protocole de la rumeur nous affirme la victoire annoncée de certains, la déconfiture des autres… Mais qu’en est-il réellement ?

Nous avons créé la Fédération de Wushu (FWS) en réaction aux pressions ministérielles menées depuis le mois d’Avril qui avaient été engendrées par une mauvaise perception du groupe CNKW et de ses dirigeants. Il est de fait de comprendre aujourd’hui qu’une vision erronée du développement des arts martiaux chinois dans notre pays est la source d’autant de désarroi. Il est grand temps que les intérêts particuliers des uns laisse la place à l’intérêt collectif !

Aujourd’hui, nous avons l’intention de repositionner le rôle d’une fédération, car en effet nous avons été « pollués » pendant presque 30 ans par une vision autocratique de la vie fédérale. Une fédération doit être mise au service des pratiquants en leur offrant autre chose que des compétitions, des grades ou des diplômes. Ce rôle trop réducteur est source de grande cacophonie quand le temps du renouvellement de la délégation de pouvoir est venu, surtout si on la perd !

Une délégation de « pouvoir » pour la FTCCG
est surtout une délégation de « devoirs »
envers tous les pratiquants
d’arts martiaux chinois !

Nous savons que la FTCCG a reçu récemment du Ministère des Sports la délégation de pouvoir pour le Taijiquan, le Qigong, le Kung-Fu Wushu, le Shuaï-jiao et le Sanda. Cette situation ne nous étonne pas et nous étions quelques-uns déjà depuis un certain temps à affirmer que cette délégation interviendrait avant les championnats du Monde de Wushu qui auront lieu au Vietnam en décembre prochain. Nous étions préparés à cette configuration qui nous laisse une très grande marge de manœuvre… En effet, si nous y regardons de plus près. Une « délégation de pouvoirs » implique surtout une délégation de « devoirs » envers les associations affiliées et non-affiliées. Par exemple, après la constitution de la commission spécialisée des grades et dans (duan) de la FTCCG, celle-ci ne pourra vous en interdire l'accès, même si vous n'êtes pas licencié dans une association affiliée. Cette fédération devra vous permettre d'accéder aux examens officiels moyennant le droit de paiement en général de 3 timbres de licence. Vous pourrez donc passer des grades officiels par le biais de cette commission ! Pour les diplômes et les compétitions, il en est de même.

Notre fédération FWS va mettre en place des « associations régionales » affiliées à l'ensemble des fédérations délégataires (FFK, FTCCG, autres) au niveau de chaque région afin de faire transiter les licenciés (qui représentent une minorité dans un club) qui désirent passer un grade officiel, participer à un championnat de France, se présenter à un diplôme d'Etat ou bénéficier de subventions liées aux résultats en compétition de leurs athlètes ou à l’octroi de créneaux horaires dans leur municipalité. Ce procédé complètement légal vous permettra de rester à la FWS tout en bénéficiant des filières officielles qui ne peuvent vous être refusées. Je vous rappelle que c'est exactement ce que faisaient certains licenciés de la FTCCG au sein de la FFKAMA (CNKW) pour passer des grades et des diplômes. Ils avaient compris le système !!! Il est temps que nos associations d’arts martiaux chinois comprennent que la liberté d’affiliation est un droit inaliénable et que vous avez la possibilité de proposer à vos adhérents le choix entre plusieurs Fédérations. Il est « faux » d’affirmer que vous devez licencier l’ensemble de vos pratiquants. Ces vœux pieux des Fédérations délégataires ne sont faits que pour vous obliger à participer au financement massif des actions fédérales auxquelles vous n’êtes pas souvent associés. Le simple fait que vous ayez licencié les membres du bureau de votre association vous ouvre les mêmes droits en terme de contrôle sur la Fédération qu’une autre association (nous avons des précédents avec le CNKW où une association a assigné en justice ce comité avec seulement 3 licenciés, et elle a gagné !) Votre seule obligation est d’assurer vos pratiquants, vos créneaux horaires auprès d’un organisme, et de proposer une assurance complémentaire facultative à vos adhérents. Tout le reste est à votre entière discrétion.

Le véritable courage est de faire ce qui est juste !

Plus que jamais il faut rester « grouper », ne pas prendre de décisions à la hâte qui pourraient se révéler désastreuses pour votre association. Rappelons-nous de l'épisode FFKAMA de mise à niveau (DIF) pour les instructeurs FKWS et de l'humiliation que certains avaient subie lors d'un week-end. Pensez-vous que cela sera différent à la FTCCG ? Le manque d'objectivité des jurys d'examen de grades vis-à-vis des ex-membres du CNKW est évident. Il nous faut donc réagir par les moyens légaux et en toute transparence et confiance avec le concours de votre fédération FWS. Nous vous demandons de défendre une autre idée des arts martiaux chinois, nous avons que trop subi depuis plusieurs décennies les autoritarismes fédéraux qui ne visent qu'à protéger les intérêts particuliers. Nous avons l'occasion unique et historique de fonder une Fédération de Wushu sur des principes plus sincères tout en respectant la liberté absolue de conscience de tous. Ne ratons pas cette échéance... Votre responsabilité en qualité d'enseignants de Wushu est primordiale. Nous sommes conscients que les pratiquants d’arts martiaux chinois ont été ballottés depuis des décennies entre des Fédérations qui aspiraient à une officialité, à celles qui en bénéficiaient déjà… Nous avons vécu ces différentes étapes avec le même lot de désillusions. Aujourd’hui plus qu’hier nous avons l’opportunité de poser les bases fondamentales d’une pratique martiale chinoise multi-facettes sans avoir l’hégémonie d’un groupe de Taijiquan qui se résume à des groupements d’intérêts particuliers. Ne signez plus un chèque en blanc à des dirigeants qui sont plus occupés à être des comptables que des pratiquants responsables. Un autre système fédéral est possible et nous vous proposons d’y travailler. Etre un pratiquant de Wushu, c’est également prendre des décisions qui sont parfois à contre-courant mais qui sont justes. Œuvrer à une noble cause est plus valorisant que d’être un serviteur docile. Vous avez un grand pouvoir en qualité de pratiquant, ne vous laissez pas spolier par des discours creux et convenus. N’avez-vous pas déjà assez donné ?

Nous sommes en Septembre 2005 après la délégation de pouvoir. Toute la France est occupée par la FTCCG… Toute ? Non ! Un village d’irréductibles pratiquants de Wushu résiste encore et toujours à l’envahisseur… La vie n’est pas facile pour les garnisons de Deriazium, Amiaméonium et Dimurium.

A l’image de nos sympathiques héros de bande dessinée, nous garderons la convivialité, l’humour mais également serons de farouches guerriers pour défendre les intérêts de nos licenciés.

Quel est le véritable enjeu ?

Alors quelles sont les garanties que nous pouvons offrir à nos licenciés qui sont, ne l’oublions pas, des pratiquants et non pas seulement un chèque de 29 €par tête…

Nous leur devons :

1/ Une authenticité dans la pratique, dans la promotion et le développement de leur discipline. Pour cela nous avons plusieurs outils de choix : la formation, les stages techniques, les séjours d’études, mais aussi les conférences, les colloques, bref les rencontres avec des pratiquants et les meilleurs experts nationaux.

2/ « De la modernité dans la tradition » : en effet, les styles dits « traditionnels» sont le creuset dans lequel le Wushu s’est bâti de siècle en siècle. Toutes les fédérations ont eu particulièrement du mal à se positionner sur ce sujet, souvent à cause d’une méconnaissance de l’histoire du Wushu. En voulant récupérer de manière politicienne le courant traditionnel, ils n’ont fait qu’accroître le trouble et ont concouru à diviser les aspects du Wushu au lieu de les rassembler.

3/ « De la tradition dans la modernité » : nous devons être ouverts aux nouvelles techniques de Wushu, mais aussi à ces méthodes d’entraînement qui ont progressé depuis le début du siècle. On ne pratique plus aujourd’hui comme au 17ème siècle ! De la tradition nous avons gardé l’esprit des arts martiaux, car si la technique a évolué, l’esprit lui a demeuré inchangé depuis des générations. Le « Wude », la vertu martiale si chère aux Confucianistes, a prouvé sa grande efficacité dans la réalisation d’un homme meilleur.

4/ « Un style pour chacun et une voie pour tous » : le Wushu est une pharmacie remplie de médicaments pour soulager vos maux (physique, éthique, physiologique…). Il y a fatalement un style de Wushu qui vous correspond et qui vous apportera les bienfaits dont vous avez besoin. Mais la vie est longue et les maux bien différents, une fédération ne doit en aucun cas privilégier une potion plutôt qu’une autre. Nous avons la passion de notre art et nous ne voulons pas qu’un groupuscule, quel qu’il soit, s’empare de notre destin martial.

5/ « Les compétitions, les grades, les diplômes » : bien évidemment, une fédération qui se respecte doit être en mesure d’offrir des outils d’évaluation et de validation qui permettra aux pratiquants de rendre visible leur progression. Mais aucun chrono, aucune médaille, aucune note, aucune ceinture, aucun diplôme, ne pourront être la garantis absolue pour un pratiquant de Wushu d’être sur la bonne voie. Cette voie est celle du cœur, elle n’est franchissable qu’au prix d’un travail permanent sur soi. « Etre fort, certes, mais pour être utile ! ». Nous progressons individuellement dans le collectif, c’est là la véritable voie des arts martiaux chinois. Nous avons respecté pour l’ensemble de nos licenciés les règles sportives et les lois de la république. Nous organiserons des compétitions qui seront un moyen pour une catégorie de pratiquants de se jauger et d’évaluer leur niveau de compétence en tournois. Ces compétitions seront un moment privilégié de rencontres entre passionnés d’une même discipline dans le respect des règles de pratique mais aussi dans l’éthique particulière du Wushu. Une commission spécialisée des grades et « duans » équivalents sera mise en place avec pour mission d’harmoniser les passages de grades dans les 4 tendances majeures de notre art : Externe, Interne, Traditionnel, Art du combat ; avec un même système de visualisation des grades en vue de populariser et d’identifier facilement le niveau de chaque pratiquant. Nous voulons également officialiser notre situation vis-à-vis des instances internationales (IWUF) et de nos instances nationales (Fédération délégataire, arts affinitaires) en accompagnant nos licenciés vers les filières validantes.

Nous aurons une école des cadres qui sera la garantie d’un enseignement performant en terme de connaissance : des pratiquants, des méthodes, de l’art martial. Nous avons la volonté de nous doter d’un cursus complet en termes technique et théorique. Nous avons conscience que de la qualité de ses enseignants dépend le devenir d’une discipline. Notre effort se répartira sur plusieurs plans : des formations techniques, des formations théoriques, l’édition de fascicules, de planches, de VCD et de DVD qui auront pour but de diffuser à une plus large échelle le contenu de notre discipline et les méthodes d’entraînement.

Notre pratique est une activité sportive à risque. Pour assurer ce risque, nous avons souscrit une assurance performante qui vous garantira une couverture optimale tant dans la pratique régulière, la compétition, les stages et également sur vos trajets sportifs. Vous aurez la possibilité de souscrire une assurance additive que nous sommes dans l’obligation de vous proposer et qui est facultative. Nous vous recommandons de la faire valider par vos élèves car un homme bien assuré en vaut deux.

Notre Fédération rassemble en ce moment plus de 60 associations qui se sont affiliées, représentant environ 3000 licenciés. Des comités régionaux s’organisent et nous recevons même des appels de groupements qui n’étaient jamais affiliés dans aucune Fédération, et que notre discours a séduit. J’ajouterai que des associations de la FTCCG nous contactent pour envisager une prochaine incorporation dans notre Fédération de Wushu, n’étant pas satisfaits de la politique « autocratique » de la FTCCG que la délégation de pouvoir ne va que renforcer ! (dixit) Vous l’aurez compris, nous sommes maintenant à la croisée des chemins : « tomber du côté obscur de la force à des conséquences ». En qualité d’enseignant, de Président de club, vous avez maintenant à déterminer ce que sera l’avenir des arts martiaux chinois en France. Confirmer une hégémonie à peine déguisée ou entrer en résistance.

Je laisse cela à votre sage jugement…Avec toute mon amitié martiale,

le Président de la F.W.S. (Fédération de WU SHU) Roger ITIER